Just for laughs !

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Avis aux amateurs de divertissement vidéoludique ! On nous annonce à l’instant la sortie d’une toute nouvelle licence qui devrait faire l’unanimité auprès des afficionados du jeu de tir : j’ai nommé « Blackwater ».

Conçu par Zombie Studios, à qui l’on devait d’ores et déjà une adaptation sur console de la série Saw, chef d’œuvre cinématographique devant l’éternel, ce jeu propose comme il se doit son lot de combats sanglants et de têtes volant en éclat, le tout dans un décorum nord-africain qui fleure bon la lutte épique contre l’Axe du Mal. On sentirait presque les vents du désert caresser nos visages burinés d’ex-GI’s sous stéroïdes.

S’il serait trop long de s’attarder sur les indéniables qualités esthétiques de ce titre – jugez vous-mêmes –, il convient de rappeler que ce jeu est avant tout porteur d’un message, d’une vision du monde.

Blackwater propose de s’immerger dans le quotidien d’un « civil contractor » travaillant pour le compte de l’entreprise éponyme, rebaptisée Xe en 2009. Pour mémoire, la société Blackwater-Xe,  a été fondée en 2001 par Erik Prince, riche et fervent partisan du Parti Républicain. Elle est à ce jour l’une des plus emblématiques private security companies (PMCs) qui se sont illustrées sur le sol irakien. Elle a notamment assuré la sécurité du président de l’Autorité provisoire de la coalition, Paul Bremer, en 2003.

Recrutant a prix d’or d’anciens militaires des forces spéciales reconvertis en veilleurs de nuit pour des supermarchés discounts, Blackwater a su se tailler une part juteuse sur le marché très concurrentiel de la privatisation des missions de logistique et de sécurité autrefois assurées par l’Oncle Sam en personne. Logique de marché aidant, la délégation de ces tâches subsidiaires devait permettre de réduire les dépenses du Département de la Défense et de concentrer l’effort des troupes sur les missions de combat véritablement prioritaires.

Bien entendu, ce cadre idyllique ne pouvait pas durer. La faute aux civils irakiens de la place Nisour (Bagdad), incapables de s’écarter prestement lorsqu’un 4×4 de Blackwater décide à bon droit d’emprunter à toute allure une rue à contre-sens. Le résultat : dix-sept morts, bien peu vous en conviendrez au vu de l’arsenal que transportaient ces braves garçons assaillis par une foule hostile.

Suite à ce type d’incidents malheureux, hélas bien souvent relayés par une presse partisane et pacifiste, la réputation de Blackwater se trouvait bien injustement compromise, et Erik Prince fut contraint de se présenter, devant le Congrès américain pour défendre ses hommes. Fort heureusement, il avait le droit pour lui.

Certes, les civil contractors ne pouvaient pas être poursuivis par les juridictions irakiennes en vertu de « l’Ordre 17 » promulgué par Paul Bremer, qui trouvait ainsi une façon élégante de témoigner sa reconnaissance à Blackwater pour ses bons et loyaux services.

Bien sûr, les civil contractors ne pouvaient pas être poursuivis devant une cour martiale américaine selon les dispositions du Military Extraterritorial Jurisdiction Act (MEJA, 2000), et encore moins selon celles du Uniform Code of Military Justice (UCMJ).

Enfin, les civil contractors étaient à l’abri des juridictions civiles – étatiques comme fédérales –, ces dernières ne pouvant décemment pas poursuivre comme de vulgaires émules d’Anders Behring Breivik des personnels armés mandatés par l’Administration Bush en zone de guerre.

Grâce à ce remarquable coup en trois bande, le Petit Prince et les siens ne devaient pas être inquiétés jusqu’à la fin des années 2000. Faut-il voir dans le durcissement passablement hypocrite de la règlementation des PMCs, ou dans les poursuites engagées contre plusieurs administrateurs de Blackwater-Xe, quelques-unes des raisons qui ont poussé notre héros à se réfugier à Abu Dhabi depuis 2010 afin d’y poursuivre, en paix, sa quête militariste et militante ?

Quoi qu’il en soit, on ne peut que se réjouir que ce visionnaire ait eu la bonne idée de proposer au plus grand nombre de revivre, à travers ce Blackwater de salon, une part de cette formidable expérience. Ainsi qu’il l’a lui-même exprimé, il a souhaité crée «un jeu auquel [ses] propres enfants pourraient jouer! ». Connaissant Erik Prince comme nous le connaissons, c’est peu dire qu’il s’agit là d’un gage de qualité.

Bob Zeller (Membre de la Revue)