Le genre au prisme du droit
Law and Gender

(Printemps / Spring 2018)

Dans ce nouveau numéro, la Revue des Juristes de Sciences Po s’attelle à éclairer les relations que le droit entretient avec le genre et les multiples questions que leur interrelation soulève.

Le mouvement #MeToo a replacé le genre au cœur des discussions. Sa dimension internationale participe à rendre ce thème propice à une discussion pluridisciplinaire. La sociologie, la philosophie et surtout le droit ne sont pas mis à l’écart de l’analyse qu’il convient aujourd’hui de mener.

Le droit tient en effet un rôle central dans la construction du genre et sa différenciation, notamment par le biais du droit des personnes. Le genre est à la fois juridiquement constitué mais également un objet de régulation. Plus encore, le droit structure les comportements. En droit du travail, la question se pose aujourd’hui de rendre obligatoire le congé parental en vue d’influer sur les comportements. En droit des discriminations, le genre est fondamentalement associé à une évolution jurisprudentielle et dans l’approche du genre par les juges. En droit des sociétés, un droit souple tend à la modification de certaines pratiques de marché, notamment par le biais de l’introduction forcée des femmes dans les conseils d’administration. En droit pénal, il convient de s’interroger sur l’existence d’une répression propre aux violences du genre.

De façon générale, le droit doit pouvoir se nourrir d’influences externes. Celles-ci déconstruiront les biais de l’ordre juridique actuel et contribueront au progrès de la société au sens large. Dans cette optique la Revue accueille des contributions étrangères et multidisciplinaires.

Aujourd’hui le débat se cristallise autour de l’opposition entre universalisme et différentialisme. On oppose ici les stratégies juridiques visant à promouvoir la discrimination positive à la théorie du gender blind. Une norme spécifique est-elle nécessaire ; plus encore, est-elle souhaitable ?

In this new volume, the Sciences Po Law Review invites you to reflect on the complex relationship of law and gender, focusing on the multiple issues that their interrelation generates.

The #MeToo movement has placed gender at the heart of its campaign. Its international dimension contributes to making gender the welcome basis for a multidisciplinary discussion. Sociology, philosophy and above all the law cannot be dissociated from the analysis that this movement invites us to conduct.

Law holds a central place in the construction and differentiation of gender norms, in particular through the personal status of individuals. Gender is both legally constituted but also subject to regulation. More than anything, legal norms structure behaviour. In labour law matters, lawmakers are considering making parental leave mandatory in order to influence parenting behaviours. In discrimination law matters, gender is fundamentally associated with case-law evolutions and the evolving approach of gender by judges. In corporate law matters, soft law initiatives have aimed to modify market practices, in particular through the forced introduction of women on corporate boards. In criminal law matters, questions of specific repression for gendered violence are increasingly emerging.

As a general rule, legal analysis should be irrigated by external influences. These will help deconstruct the biases in the current legal order and contribute to social progress in a larger sense. It is with this goal in mind that the Law Review welcomes foreign and multidisciplinary submissions.

Current debates crystallize around the opposition between universalism and differentialism. One tends to oppose the legal strategies of affirmative action (“discrimination positive”) proponents and those of the supporters of a gender-blind society. Are norms necessary in this regard and, more than anything, are they desirable?