Concours de l’ENM : rencontre avec une admise

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La Revue des Juristes de Sciences Po a rencontré Lore Madec, admise 18ème sur 244 au premier concours d’accès à l’Ecole Nationale de la Magistrature (ENM). Elle nous livre ses conseils pour aborder la préparation de ce prestigieux concours. 

Pouvez-vous vous présenter brièvement ainsi que votre parcours ?

Je m’appelle Lore et j’ai 22 ans. J’ai grandi en région parisienne. J’ai eu un parcours universitaire classique, que j’ai effectué à l’université d’Assas depuis la première année. Je suis également diplômée du Diploma in Legal Studies de l’Université d’Oxford. J’ai ensuite rejoint le Master 2 Droit privé général d’Assas qui est un master recherche offrant une grande liberté dans le choix des matières étudiées. A l’entrée du M2, j’étais déterminée à passer le concours de l’ENM mais je comptais le préparer l’année suivante. Je suis quand même allée à quelques cours de culture générale de l’IEJ par curiosité, et, finalement je me suis prise au jeu. Je me suis donc inscrite au concours et j’ai été admise en décembre dernier. 

A ce propos, je conseille vraiment aux candidats qui hésiteraient de passer le concours l’année du M2. D’abord, les matières étudiées dans les M2 généralistes se recoupent bien souvent avec celles présentes au concours. Ensuite, lorsqu’on cumule, on est dans une dynamique de travail qui oblige à être efficace. Enfin, même si l’on n’est finalement pas admis, on a acquis un recul et des méthodes qui favoriseront l’admission l’année d’après.

Quel a été l’élément déclencheur de votre souhait de rejoindre la magistrature ?

Il est difficile de dégager un seul élément déclencheur ; c’est davantage un ensemble d’éléments qui m’a convaincue que c’était le métier que je voulais exercer. Au début de mes études, je voulais devenir avocate d’affaires. J’ai par la suite assisté à une conférence donnée par Xavier Ronsin (l’ancien président de l’ENM) au cours de laquelle il présentait le concours de l’ENM comme difficile mais accessible. J’ai eu un déclic et j’ai commencé à m’intéresser à la magistrature et j’ai suivi un atelier de professionnalisation (une option proposée en troisième année). J’ai enfin eu un aperçu lors de mes stages de la passion des magistrats pour leur métier et de la variété des dossiers traités.

Comment vous êtes-vous préparée au concours de l’ENM ?

J’ai d’abord suivi les cours de l’IEJ d’Assas, du moins autant que mon emploi du temps de M2 me le permettait. A l’écrit, les TD de culture générale et les séminaires proposés sont très utiles en termes de connaissances à acquérir et de méthode. Concernant l’oral, l’IEJ prépare très bien à l’anglais ainsi qu’au Grand oral grâce à un atelier de prise de parole animé par une comédienne et à plusieurs entrainements en conditions réelles.

Ensuite, j’ai assisté à tous les entrainements le samedi. C’est important de s’entrainer le plus souvent possible, c’est-à-dire de faire les épreuves dans les conditions de temps, de stress et d’inconfort du jour J. Evidemment, on a toujours du retard par rapport au programme de révision fixé. C’est cependant le seul moyen de s’habituer à disserter sur des sujets que l’on ne connait pas ou peu, et à résoudre des cas pratiques avec précision et rapidité. Cela aide aussi à comprendre les attentes des correcteurs pour chaque épreuve. Par exemple, quand on révise pour les dissertations juridiques, on sait qu’il faut connaitre les grandes évolutions jurisprudentielles et légales et les principaux enjeux qui traversent la matière, sans toutefois se perdre dans les détails. A cet égard, il faut étudier avec attention les grandes réformes récentes et les arrêts importants qui inspirent souvent les examinateurs lors de l’élaboration des sujets! 

Enfin, j’ai essayé de me fixer des plages de travail réduites (pas plus de 3 ou 4 heures) correspondant à un thème à maitriser dans les grandes lignes (par exemple les atteintes aux biens, en droit pénal spécial). Je n’ai jamais fait de fiche: je préférais apprendre directement sur les manuels et lire quelques notes de doctrine. On peut ensuite rassembler tous ces éléments dans un plan de dissertation problématisé. D’ailleurs, un bon moyen pour savoir si l’on a compris l’essentiel d’un sujet, c’est de voir si l’on est capable de l’expliquer à quelqu’un d’autre. Cela me conduit à mentionner le travail en groupe: même si je ne l’ai pas suffisamment fait, j’ai trouvé très bénéfiques les moments où l’on s’est retrouvés avec d’autres candidats pour échanger sur nos impressions, se poser mutuellement des questions etc.

Quels sont pour vous les pièges à éviter lors de la préparation du concours ?

J’en vois deux principaux.

Le premier est de perdre pied dans les révisions et de se démoraliser alors que le concours approche. Je voudrais d’ailleurs souligner que les notes obtenues à l’IEJ ou dans les classes préparatoires privées sont indicatives. De plus, les notes varient considérablement d’un correcteur à l’autre. Ainsi, je n’ai jamais eu la moyenne en note de synthèse dans l’année mais j’ai eu 16 au concours. L’essentiel est de sentir personnellement que l’on progresse au fil des entrainements et de tenir compte des remarques des correcteurs.

Le second est de s’épuiser à la tâche. Le concours de l’ENM se prépare sur la durée : si l’on est admissible, on est sous pression jusqu’au mois de décembre de l’année d’après. Si l’on se sent incapable de se concentrer, mieux vaut s’arrêter complètement de travailler pendant deux jours et en profiter pour faire du sport ou voir des amis. De la même façon, même si c’est une banalité, il faut à tout prix ménager son sommeil.

Avez-vous un dernier conseil pour les futurs candidats ?

Je leur conseillerais d’avoir confiance en eux et en leurs capacités. On a souvent tendance à se dévaluer et à surestimer les autres candidats. Il ne faut pas oublier que les admis sont surtout de bons juristes qui ont compris ce qu’on attendait d’eux et ont travaillé avec constance.