Les nouvelles frontières du droit

 

« Manners of imagining the real » : la célèbre définition du droit de Clifford Geertz reste gravée dans les esprits. Il est vrai que le droit ne cesse, par le truchement de la qualification juridique, d’agencer, d’ordonner, de mettre en ordre le réel. Les grandes catégories au cœur de notre système juridique en sont directement issues. Pourtant, les frontières tracées par le droit apparaissent fragiles. Plus que jamais, les traits définis par les catégories juridiques sont mis à mal par les mutations de la réalité sociale, économique et technologique, en perpétuelle évolution. Evgueni Pasukanis évoquait déjà cette ambivalence propre à la norme juridique : produit d’un réel « contradictoire », cette dernière le reconduit également. Le contexte actuel donne plus que jamais tout son sens à cette reconfiguration continue de la norme juridique. En particulier, les avancées technologiques et scientifiques repoussent un peu plus les frontières du droit. Ce nouvel âge doit-il conduire à repenser les obligations ? Présente-t-il de nouveaux risques ou contraire de nouvelles opportunités pour la personne et enfin aboutit-il à transformer notre conception de la propriété ? Les professions du droit en ressortent-elles bouleversées ? Décomposition, recomposition des frontières créées par le droit et créant le droit : tel est le sujet de ce dossier que ces quelques phrases ne constituent qu’un très court aperçu.